Mali – Communes rurales de Djélébou, Karokoro et Sahel
À l’origine de la coopération, en 1996, la ville apporte son soutien à l’association Gidimaxa Jikké, qui était à la recherche d’un partenaire, pour la mise en place de projets dans l’ex‑arrondissement d’Aourou au Mali. Un premier projet d’approvisionnement en médicaments essentiels et génériques des centres de santé communautaires de la région voit le jour et aboutit en 2001.
Présentation de la région de Kayes
La région de Kayes est la première région administrative du Mali. Située à l’Ouest du Mali, cette région est limitée à l’Est par la région de Koulikoro, à l’Ouest par le Sénégal, au Nord par la Mauritanie et au Sud par la Guinée, ce qui fait de Kayes une ville carrefour. La population de la région est d’environ 1,245 millions d’habitants. Différentes ethnies vivent dans cette région : Soninkés, Khassonkés, Malinkés, Maures et Peuls. Plusieurs langues y sont donc parlées, notamment le Bambara, le Khassonké, le Soninké et le Peul. Cette même région est elle-même subdivisée en 8 cercles (deuxième division administrative au Mali).
C’est dans le cercle de Kayes que se situent les trois communes de Sahel, Djélébou et Karakoro, regroupant à elles trois 24 villages. Le territoire de ces trois communes est également connu sous le nom de « Gidimaxa ». La commune rurale de Djélébou est composée de 17 000 habitants et regroupe 11 villages dont Aourou (chef-lieu). La commune de Karakoro compte 11 000 habitants et 7 villages dont le chef-lieu est Téchiby. Enfin la commune rurale de Sahel, qui a pour chef-lieu Bafarara, regroupe 8 000 habitants répartis dans 6 villages. La population des territoires des trois communes est relativement homogène avec une très large majorité de Soninkés et la présence également de Peuls (21 villages soninkés et 3 villages peuls).
La région de Kayes connaît de graves problèmes d’enclavement avec une quasi-absence de réseau routier. L’essentiel du trafic régional est assuré par la voie ferrée Bamako-Dakar. Les premiers villages des 3 communes maliennes sont au minimum à trois heures de piste de Kayes, praticable uniquement en saison sèche : l’isolement des populations de ces territoires est total en saison des pluies. Cette situation a d’importantes répercussions sur l’économie de la région. L’enclavement explique en partie que la région de Kayes soit l’une des plus pauvres du Mali. Située majoritairement en pleine zone sahélienne, cette région est par ailleurs soumise à une pluviométrie variable dont est tributaire l’essentiel de la production agricole.
L’enclavement ajouté à la pauvreté des ressources naturelles est à l’origine d’une très forte émigration. Celle-ci est d’autant plus importante que l’expatriation fait partie du rite initiatique des Soninkés, ethnie très largement majoritaire sur cette terre. A l’heure actuelle, 80 % des Maliens qui émigrent sont originaires de la région de Kayes. Les apports financiers des émigrés constituent par conséquent l’autre ressource majeure de la région.
Historique de la coopération
Saint-Denis est l’une des villes d’accueil des migrants maliens installés dans la région parisienne. La présence sur son territoire de foyers de migrants a attiré un grand nombre d’entre eux.
Saint-Denis accorde une place importante à l’implication des migrants dans les problématiques de développement du Sud qui font partie des principaux axes de la coopération décentralisée de la ville.
Compte tenu d’une forte présence de la population malienne sur le territoire de Saint-Denis, la ville assure un accompagnement des associations de migrants maliens pour la réalisation de projets de co‑développement avec les régions dont ils sont originaires.
Aujourd’hui, Saint-Denis est signataire d’un accord de coopération avec
les communes maliennes de Djélébou, Karakoro et Sahel dans le cercle de
Kayes (correspondant à l’ex‑arrondissement d’Aourou). L’association
Gidimaxa Jikké a longtemps joué un rôle moteur dans la coopération, tant
pour faire remonter la parole des habitants que pour réaliser les
actions de développement décidées en concertation. L’association de
migrants, Gidimaxa Jikké France, s’est par ailleurs dotée d’une
association de développement local, Gidimaxa Jikké Mali, pour mettre en
œuvre les projets.
La coopération porte notamment sur la santé et le développement rural.
Évolution de la coopération
La réalisation d’un projet d’acheminement de médicaments dans les centres de santé des trois communes maliennes s’est achevée en 2001. Le bilan de la coopération est jugé globalement positif, même si la question de l’autonomisation du projet d’acheminement des médicaments reste posée. La mise en oeuvre d’un véritable partenariat avec une association de migrants pour le montage d’un projet de développement constitue la principale réussite du projet. A l’échelle locale, le projet a eu un impact fort en terme de reconnaissance de la place des migrants dans la ville. A l’échelle nationale, Saint‑Denis est devenue une ville pilote en matière d’implication des migrants dans les problématiques de développement du Sud. Au Mali, le projet s’est appuyé sur une association de développement local, créée en 1995 par les migrants, pour la mise en œuvre des projets.
La ville de Saint-Denis se lance par la suite dans la conception de deux nouveaux projets de coopération à la demande des partenaires maliens : l’un dans le domaine sanitaire, l’autre dans le domaine rural.
Sur le plan sanitaire, l’enclavement de la région conduit à une impossibilité de procéder à l’évacuation des malades, dans des délais satisfaisants, vers l’hôpital de Kayes. Dès lors le bon fonctionnement des centres de santé communautaires est indispensable et vital pour la population.
Sur le plan rural, les potentiels agronomiques sont insuffisants, principalement du fait du manque d’eau. Les jardins maraîchers permettent en outre d’apporter une certaine diversification et de soutenir les efforts des associations de femmes très actives sur le plan agricole.
Les grandes orientations en matière de coopération sanitaire :
renforcer la formation des gestionnaires et du personnel des centres de santé
mettre en place des actions de sensibilisation envers la population
assurer une coordination locale forte des actions par l’embauche d’un médecin
Les grandes actions en matière de développement rural : forage de puits, création de jardins maraîchers.
Cependant, le contexte de la coopération a radicalement évolué entre ces deux phases de la coopération. En effet, la décentralisation du Mali conduit à la transformation de l’arrondissement d’Aourou en trois communes, multipliant ainsi le nombre d’interlocuteurs. L’association de migrants doit alors se repositionner face à ce changement institutionnel. Les migrants, qui jusqu’alors ont assuré seuls le développement des services publics de santé et d’éducation dans leur village, doivent à présent travailler avec les communes qui deviennent les autorités compétentes en matière sanitaire et scolaire.
La seconde phase de la coopération de la ville de Saint-Denis avec les communes maliennes est plus ambitieuse. Il ne s’agit plus d’apporter un soutien pour la réalisation d’une action mais d’initier une dynamique de développement. La ville de Saint-Denis s’est donc attachée à renforcer l’expertise mobilisée sur le projet ici et là-bas. A Saint-Denis, une référente santé est désignée pour apporter un appui technique, saisir les besoins et anticiper les évolutions des projets. Au Mali, le projet de développement rural s’appuie sur un ingénieur agronome et le projet sanitaire s’appuie sur un médecin coordinateur.
Chronologie de la coopération
> 1996 - Signature d’un protocole d’accord liant la ville de Saint-Denis à Gidimaxa Jikké, association de migrants maliens en France et association intervillageoise de l’ex-arrondissement d’Aourou au Mali (regroupant les trois communes maliennes).
> 1998 - Signature d’une convention entre la ville de Saint-Denis et le secrétariat d’Etat à la coopération concernant le projet d’approvisionnement en médicaments essentiels et génériques des centres de santé de l’ex-arrondissement d’Aourou (regroupant les trois communes maliennes).
> 2001 - Fin de la réalisation du projet d’approvisionnement en médicaments des centres de santé des trois communes maliennes.
> 2003 - Signature d’une convention de coopération entre la ville de Saint-Denis, la communauté de communes de Saint-Astier et les communes de Djélébou, Karakoro et Sahel.
> 2004
Volet sanitaire :
- Réalisation d’un audit sur le projet sanitaire par l’Université Paris 8
- Désignation d’une référente santé au sein de la direction de la santé de la ville de Saint-Denis chargée du suivi du projet sanitaire
- Réalisation d’une mission conjointe avec la direction de la santé ayant permis de poser les bases d’un nouveau montage partenarial
Volet rural : Construction d’un puit, création d’une adduction en eau
> 2005
Volet sanitaire :
- Financement d’un véhicule pour la poursuite de l’acheminement des médicaments dans les pharmacies des centres de santé
- Lancement d’un projet d’autonomisation des centres de santé par le renforcement de leur gestion
- Embauche d’un médecin coordinateur chargé de la supervision du circuit d’approvisionnement et de mettre en place des formations. Une première formation auprès des gestionnaires des pharmacies est organisée
Volet rural : Construction d’un puit
> 2006 - Poursuite du projet d’autonomisation des centres de santé :
- Formation des membres des comités de gestions et des conseils d’administration
- Evaluation de l’impact de la formation en gestion dans les centres de santé
- Evaluation de l’organisation des activités des centres de santé (vaccination, consultations prénatales, consultations curatives, PMI…)
- Restitution auprès des maires maliens des résultats
- Réalisation d’un mémoire par la référente santé, dans le cadre d’un master II à l’Institut d’étude du développement économique et social de Paris I ayant pour sujet « Quelle appropriation d’un projet de coopération décentralisée par les acteurs locaux ? »
> 2007
- Poursuite et fin du projet d’autonomisation des centres de santé
- Poursuite et fin du projet de développement rural
> 2008
- Participation aux deuxièmes Assises de la coopération décentralisée franco-malienne à Bamako au Mali et rencontre avec les représentants des communes partenaires maliennes et de l’association Gidimaxa Jikké Mali dans le cadre du suivi du projet sanitaire et dans l’optique de mener une prochaine évaluation du projet
- Soutien au projet de Centre de documentation et de formation à Sérénaty dans la commune rurale de Djélébou proposé par l’association dionysienne Méréguémou : réalisation d’un équipement communautaire de documentation et de formation pour permettre aux jeunes scolarisés ou déscolarisés en milieu rural de bénéficier d’une meilleure insertion scolaire et professionnelle
> 2009-2010
- Réalisation par l’AMSCID (Association Malienne de Solidarité et de Coopération Internationale pour le Développement) de l’évaluation du bilan du projet sanitaire d’autonomisation des centres de santé par une expertise de terrain (en cours) afin de décider de la poursuite du projet et de définir de nouvelles orientations
Actions proposées pour les années à venir
Inclure un volet formation dans les prochains projets ou prévoir un appui aux partenaires locaux par des structures ou ONG spécialisées
Faire concorder la coopération avec l’évolution du phénomène de migration
Acteurs participant à la mise en œuvre de la coopération
> Partenaires :
• Ville de Montrem pour le projet de développement rural
• GRDR (Groupe de Recherche et de Réalisations pour le Développement Rural)
• Fondation d’entreprise ADOMA (gestionnaire de foyers de migrants)
• AMSCID (Association Malienne de Solidarité et de Coopération Internationale pour le Développement)
• Association Gidimaxa Jikké France et Mali
• Association des Jeunes de Sérénaty - Méréguémou
• Association Ensemble, Vivre, Travailler et Coopérer
Défis à relever
La coopération avec le Mali possède toujours un sens politique fort dans une ville où les habitants originaires de la région de Kayes sont nombreux. La valorisation de l’apport de la migration malienne reste d’actualité. Il s’agit à présent de faire concorder la coopération avec le Mali avec l’évolution du phénomène de migration. A l’heure de la retraite, la majorité des migrants partis dans les années 60 et 70, ont des attaches trop fortes avec la France pour quitter leur pays d’accueil. Le mythe du retour au pays s’effondre. La question de la citoyenneté de ces migrants, parents de Français, se pose avec acuité. Les nouveaux arrivants sont, eux, confrontés plus durement que leurs aînées à des problèmes de titres de séjour, de logement, et d’emploi...
Les associations de migrants se réorganisent et s’adaptent. A côté de l’association de migrants intervillageoise du Gidimaxa émergent de nouvelles associations de migrants désireuses de travailler avec les communes maliennes, à l’image de l’association des ressortissants de Djélébou. Ces associations cherchent notamment à donner plus d’impact à leurs efforts financiers. Elles s’éloignent parfois des projets liés aux centres de santé ou à la construction d’écoles pour chercher des financements en matière d’infrastructures hydrauliques auprès de l’Union européenne.
La coopération avec le Mali devra tenir compte de cette réalité.
Contacts utiles
-
Mairie de Saint-Denis - Relations internationales
2 place du Caquet 93 200 Saint-Denis
Téléphone : 01 49 33 62 63
Email : relations.internationales@ville-saint-denis.fr
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